Les musiques de menus sont-elles les plus sous-estimées du jeu vidéo ?

Les musiques de menus sont-elles les plus sous-estimées du jeu vidéo ?

On les écoute rarement avec attention. Elles tournent en arrière-plan pendant qu’on règle la luminosité, qu’on vérifie les sous-titres ou qu’on attend qu’un ami se connecte. Les musiques de menus semblent exister dans un entre-deux : ni tout à fait dans le jeu, ni complètement en dehors.

Et pourtant, ce sont elles qui ouvrent la porte.

Avant la première cinématique.
Avant le premier pas.
Avant la première erreur.

Elles posent le ton, installent l’atmosphère, créent une attente. Certaines sont devenues plus iconiques que des pans entiers de gameplay. D’autres restent dans l’ombre, alors qu’elles ont façonné notre rapport à l’univers qu’elles introduisent.

Si l’on y prête attention, les musiques de menus ne sont pas secondaires. Elles sont le seuil.


Il suffit d’entendre ces premières notes au piano pour que tout revienne. L’écran noir. Le logo discret. Le silence autour. Ce thème ne cherche ni l’épique ni la démonstration. Il installe une distance, une solitude, presque une vulnérabilité.
La lenteur du tempo impose un respect immédiat. On n’entre pas dans ce monde en courant. On y entre avec prudence.
La musique agit comme une respiration avant l’inconnu. Elle prépare à une aventure qui sera fragile, intime. Même sans bouger, le joueur comprend déjà qu’il ne sera pas question de puissance, mais de lien.

The Last Guardian – Menu Theme.


Certaines musiques de menu, au contraire, affirment une identité forte dès la première seconde. Elles frappent. Elles annoncent une ambition.

Ici, les premières mesures sont larges, presque héroïques. Mais très vite, une mélancolie s’infiltre dans les harmonies. Ce mélange subtil entre grandeur et tristesse devient la signature émotionnelle du jeu.
Le thème donne immédiatement le ton : un monde vaste, brutal, mais profondément humain. Avant même d’explorer une carte ou d’accepter une quête, on ressent déjà le poids des choix à venir.

The Witcher 3 – The Trail.


Enfin, certaines musiques de menus sont devenues des rituels.

On les entend à chaque lancement. Elles accompagnent des années de parties, des sessions tardives, des souvenirs partagés. Elles finissent par symboliser une époque de notre vie.
Les chœurs puissants, la montée orchestrale, la dimension presque mythologique : tout participe à transformer un simple écran titre en proclamation. On ne lance pas seulement un jeu. On entre dans une légende.

Skyrim – Dragonborn (Title Theme).


Ce thème-là, c’est l’art de rendre un écran titre plus grand que nature. Avant même d’appuyer sur “Start”, il installe une idée : tu n’es pas juste sur le point de jouer, tu es sur le point d’entrer dans une légende. Les voix arrivent comme un chant ancien, et le contraste avec l’imaginaire science-fiction fonctionne immédiatement. On ne sait pas encore ce qui nous attend, mais on le sent : ce sera vaste, solennel, et un peu écrasant.
Ce qui rend cette musique de menu si marquante, c’est sa capacité à créer de la mémoire à la première écoute. Elle te donne l’impression de reconnaître quelque chose que tu découvres pourtant pour la première fois. Et surtout, elle transforme l’attente en moment. Beaucoup de joueurs ont laissé tourner l’écran titre juste pour rester là, dans ce mélange étrange de mystique et de futurisme. Une musique qui dit : “Tu peux commencer quand tu veux — mais tu y es déjà mon grand.”

Halo – Main Theme.


Avec ce thème, c’est l’inverse de la grandiloquence : il n’impose rien, il suggère. Quelques notes de piano, espacées, presque timides, comme si la musique hésitait à prendre trop de place. Et pourtant, elle remplit tout. Elle installe une sensation d’espace infini, d’un monde qui n’attend pas un héros, mais un joueur curieux.
Ce morceau est devenu une sorte de refuge sonore parce qu’il se place exactement à la frontière entre mélancolie et apaisement. Il ne cherche pas à émouvoir à gros traits : il installe une ambiance où l’on se sent seul, mais pas isolé. C’est une musique de menu qui ne pousse pas à l’action, elle pousse à la patience, à l’imagination. Elle rend cohérent un jeu où l’on passe autant de temps à construire qu’à contempler. Et c’est peut-être pour ça qu’elle marque : parce qu’elle est déjà le jeu, avant même d’y être. Même si on regrette la version 1.7 qui nous l’a fait perdre…

Minecraft – Minecraft.


Il y a des thèmes de menu qui sont des portes, et il y en a qui sont des promesses. Celui-ci est clairement une promesse. Quelques secondes suffisent pour installer une nostalgie immense, même si l’on ne connaît pas encore l’histoire. La mélodie au piano a ce pouvoir rare : elle semble simple, mais elle porte une charge émotionnelle immédiate. Elle ne raconte pas un événement, elle raconte une sensation — celle de partir à l’aventure avec le cœur un peu serré.
Ce qui rend ce thème si puissant, c’est qu’il appartient autant aux joueurs qu’au jeu lui-même. Il est devenu un symbole, un point de ralliement. Dès qu’il retentit, on pense à des mondes entremêlés, à l’amitié, à l’enfance, à cette façon qu’a la série de mélanger l’épique et l’intime. Sur un écran titre, cette musique fait un truc incroyable : elle rend le menu “vivant”. On n’est pas encore en train de jouer, mais on est déjà en train de ressentir.

Kingdom Hearts – Dearly Beloved.


Peut-être que les musiques de menus sont sous-estimées parce qu’elles ne sont pas liées à une action précise. Elles n’ont pas de boss, pas de scène dramatique à soutenir. Elles existent seules.

Mais c’est précisément pour cela qu’elles sont si fortes.

Et parfois, c’est celles dont on se souvient le plus longtemps.

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